The kids are united

Le 14 février 2015 les Dropkick Murphys, un groupe de hard rock irlandais, sont à Paris pour un concert endiablé où se rejoignent des fans assez politisés dans l’ensemble. Pourtant c’est la musique qui prendra le dessus sur une haine que se voue certains d’entre eux.

« Drop-kick murphys ! drop-kick murphys ! » scande une foule impatiente et surexcitée. On compatit. Cela fait une heure et demie que des premières parties plus ou moins talentueuses s’enchainent. Un songwriter arrivé tout droit des années 1950, un groupe de punk aux crânes rasés, et deux line up de musique traditionnelle irlandaise. Le Zenith est en nage, on se serre, chacun transpire l’alcool qu’il a ingurgité auparavant. Les concerts de Dropkick murphys distillent toujours une vapeur d’éthanol dans l’air et généralement les latrines en pâtissent. Certains, quasiment évanouis sur le sol souillé des toilettes, ne verront même pas le début du concert. La cornemuse de « Blood or whiskey » s’arrête, les lumières se rallument, c’est l’heure du cessez-le-feu, les comateux sont évacués. La fosse déjà épuisée par les pogos se remet, les Dropkicks sont imminents.

The boys are back

Quand la salle s’obscurcit, un grondement déferle du devant de la fosse jusqu’aux tréfonds des gradins et soudain apparaissent en lettre semi runique semi gothique le nom tant attendu des irlandais de Boston. Les sept pirates jettent les amarres sur la scène provoquant un désordre indescriptible avec « the boys are back » une des plus fameuses chansons du groupe et les fans jouent intelligemment aux autos tamponneuses. La pratique des pogos peut paraitre idiote voire primaire mais elle est un formidable défouloir. De plus, ce genre de gig invite à perdre toute inhibition: on se moque bien de savoir si l’on a l’air finaud ou pas, puisque tout le monde est dans la même crasse et la même surexcitation salvatrice. Après « rose tattoo » le chanteur exprime la joie des musiciens de jouer à Paris pour un concert historique. En effet ce soir-là Dropkick Murphys joue dans la plus grande salle de sa carrière. Après ces remerciements il entonne l’air rendu célèbre par les infiltrés de Martin Scorsese « shippin’ up to Boston ». Même si l’on se rentre joyeusement dedans, ceux qui tombent sont ramassés par cinq personnes, à chaque fois instantanément, conscientes des dangers d’un mouvement de foule.

Fred Perry ou Fred Perry

Les Dropkicks quittent la scène mais le rappel ne se fait pas attendre, les irlandais reviennent pour cinq chansons dont la dernière (« if the kids are united ») mérite d’être expliquée. Les concerts de Dropkick Murphys rassemblent à la fois des skins d’extrême gauche et d’extrême droite et le groupe en est conscient donnant à cette chanson de sham 69 une nouvelle allure. Le chanteur invite la foule à monter sur scène, à danser et chanter sur cet air des rejetés aux crânes rasés, habillés en guenille ou en fred perry. Ces deux groupes de gamins tels que la chanson aime les appeler sont pour une fois ensemble sans véritable haine comme pour une trêve delphique, une prouesse dont aucun autre groupe ne peut se vanter. A la sortie de la salle, tout le monde est exténué se trainant jusqu’au métro porte de Pantin. On entend sur le chemin quatre petits fafs chanter les turlurettes habituelles sur le côté du chemin afin de provoquer une bagarre. Ils ne génèrent aucun engouement y compris parmi leurs congénères idéologiques et sont unanimement traités de pauvre type. La musique aura plus que jamais adouci les mœurs ce soir de st valentin.

Martin DAWANCE

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