« La situation de démuni est déjà bien compliquée »

Nombreux étaient les sans-abris qui affluaient à la distribution de plats chauds organisée, ce samedi là, par l’association « Un pas vers demain » sur le parvis de la Gare de Lyon. En les observant, en discutant avec eux on se rend rapidement compte que le cliché du sans domicile, sale, mal habillé, est révolu. Aujourd’hui, il est parfois impossible de distinguer un sans-abris d’un individu possédant un foyer. C’est le cas de Florence, la quarantaine, à la rue depuis deux ans.

L'équipe "D'un pas vers demain" presque au complet.  ©unpasversdemain
L’équipe « D’un pas vers demain » presque au complet. ©unpasversdemain

En jean, pull, basket et cheveux attachés, on est bien loin de se douter, à prime abord, que la rue est le quotidien de Florence. D’autant plus que l’ami qui l’accompagne ce soir-là traîne une valise derrière lui, rien de plus commun sur le parvis d’une gare un samedi soir. Pourtant, là est bien sa réalité. Celle de ne pas toujours savoir où l’on dormira le lendemain et si l’on aura quelque chose à se mettre sous la dent.

Ces temps-ci, Florence passe la nuit « dans un garage ou dans une cave, ça dépend ». Après « un quatrième contrat qu’ils –la RATP- n’ont pas pu renouveler », un passage en tant qu’agent de sécurité incendie et, malgré des missions ponctuelles en intérim, elle se retrouve ainsi sans domicile. Accepter cette fatalité, s’est avéré difficile. Cependant, en souriant elle souligne que les associations l’y ont beaucoup aidé.  Entre autres, « Un pas vers demain », qui lui « apporte beaucoup à chaque fois qu’elle intervient, moralement et au-delà des besoins de la nourriture ». Aujourd’hui, elle a acquis un certain « lâché prise » qui lui permet de « passer au-delà de certaines réflexions ». Ces réflexions, ce sont celles des passants. Par exemple, Florence raconte  qu’il y a deux semaines, lors d’une distribution de nourriture organisée par une association « un enfant qui passait avec sa maman disait qu’il voulait aller voir ce que c’était, mais sa maman lui a dit « non, non ça c’est pour les clochards » mais j’ai pas pu m’empêcher de relever les clochards ». Cette dame s’est ensuite excusée, mais ce n’est pas toujours le cas. Florence n’en dira pas plus, tout en confessant que, parfois, c’est bien pire.

Cette méfiance quelques fois teintée de mépris, se retrouve également parmi les sans-abris, le contact entre eux  n’étant pas toujours évident. Au sein même de cette « catégorie » de la population, se retrouve une certaine forme d’individualisme. Plutôt que de s’unir, chacun protège ses quelques possessions de « peur que l’autre lui prenne quelque chose qui pourrait lui revenir ». Florence poursuit, lorsque que les associations nous offrent de la nourriture « on est à une place près dans la file d’attente ». La vérité c’est que l’image de groupe soudé par une expérience est fausse, comme c’est bien souvent le cas. Leur vie dure aura peut-être eu raison de leur compassion, mais Florence n’y accorde guère d’importance. Elle revient à la notion de « lâché prise », pourquoi s’encombrer de rancunes inutiles « alors que la situation de démuni est déjà bien compliquée ». Telle est sa devise qu’elle semble suivre à la lettre : si sa vie est dure, son visage restera serein pendant toute l’interview.

Un grand merci à Florence pour son témoignage, ainsi qu’à l’association un « pas vers demain ». 

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